Vingt-cinq ans après sa disparition le 2 aout 2000, le nom d’Adolf Scherbaum reste incontournable pour les amateurs de trompette baroque. À une époque où l’on redécouvre sans cesse des répertoires oubliés, il demeure l’artisan solitaire qui, par sa technique visionnaire, a rendu possible l’interprétation moderne des œuvres de Bach et consorts.
Dans une interview, Maurice André disait : « Beaucoup me suivent, mais un seul m’a précédé, Adolf Scherbaum, à qui je dois tout : c’est son jeu qui a fixé la norme et façonné mon style. »
Adolf Scherbaum naît le 23 août 1909 à Eger (aujourd’hui Cheb, République tchèque), dans une famille d’Allemands des Sudètes où musique et artisanat se mêlent : son père, maître peintre, est flûtiste amateur. À six ans, il prend ses premières leçons de trompette avec Georg Rott, trompettiste solo du théâtre municipal d’Eger. De 1923 à 1928, il poursuit sa formation à l’École militaire de musique de Prague, avant d’achever ses études à Vienne auprès du professeur Dengler (1928–1929). Son talent éclate rapidement : de 1930 à 1939, il occupe le poste de trompette solo au Landestheater de Brünn (Brno), posant les bases de sa maîtrise technique.
En 1939, il rejoint la Philharmonie allemande de Prague sous la baguette de Joseph Keilberth, qui l’initie au répertoire baroque. De 1941 à 1945, il est trompette solo à l’Orchestre Philharmonique de Berlin, jouant sous la direction de Wilhelm Furtwängler puis Sergiu Celibidache. À la fin du conflit, réfugié à Prague, il est interné comme Sudète allemand : trois mois d’enfermement, avant que d’anciens collègues tchèques n’obtiennent sa libération. Revenu à la vie musicale, il enseigne au Conservatoire de Bratislava et joue à l’Orchestre de la Radio tchécoslovaque (1946–1951). C’est durant cette période d’incertitude, exilé dans un camp à Pfalz, qu’il élabore sa méthode de basse pression, s’exerçant dans des baraquements ou… dans des vignes prêtées par un viticulteur, symbole de sa résilience et de sa quête d’un nouveau contrôle du souffle.
En 1951, grâce à l’aide de la Croix-Rouge, il rejoint l’Allemagne de l’Ouest et devient trompette solo de l’Orchestre de la Radio de Hambourg (NDR Sinfonieorchester) sous Hans Schmidt-Isserstedt, poste qu’il occupe jusqu’en 1964. Élu à l’unanimité, il fonde en 1961 son Ensemble Baroque, multipliant tournées et enregistrements.
La partie de trompette du Concerto Brandebourgeois n° 2 de J. S. Bach était réputée injouable. Scherbaum l’affronte en ré majeur, sans transposition : son interprétation, jugée d’« aisance caractéristique », la rend populaire dans toute l’Europe. Il l’enregistre au moins 14 fois, notamment avec Herbert von Karajan et l’Orchestre Philharmonique de Berlin en 1964. À Moscou, son jeu suscite l’émotion : « C’est la première fois que j’entends cette musique telle que Bach l’a écrite », confie un trompettiste soviétique ému.
Scherbaum entretient une aura de mystère : « Mon secret ? Le diaphragme et les muscles abdominaux », répond-il. Des chercheurs de l’Université de Bâle mesurent pourtant une pression interne de 1,65 bar, supérieure à celle d’un pneu de voiture, sans dommage corporel notable. Sa méthode : jouer systématiquement une octave plus haut que la partition, renforçant ainsi embouchure et souffle pour dompter le registre aigu baroque.
Moins médiatisé que ses pairs, Scherbaum enseigne à Bratislava, puis à la Hochschule für Musik de Sarrebruck (à partir de 1964), et enfin à la Städtische Sing- und Musikschule de Sulzbach-Rosenberg (à partir de 1977), partageant son savoir à des étudiants venus du monde entier. Son héritage pédagogique, transmis « par idéalisme », a formé plusieurs générations de trompettistes baroquistes.
Scherbaum enregistre pour Deutsche Grammophon, Archiv Produktion, Philips, redonnant vie à Telemann, Torelli, Michael Haydn, Leopold Mozart… Ses disques reçoivent plusieurs Grands Prix du Disque en France et un Prix Edison, attestant de sa renommée critique.
Adolf Scherbaum s’éteint le 2 août 2000 à Heilsbronn, quelques jours avant son 91ᵉ anniversaire. Par sa détermination et son génie technique, il a transformé la trompette baroque d’une curiosité savante en un instrument de concert moderne. De ses « vignes » de Pfalz aux plus grands orchestres du monde, il a prouvé que le souffle humain pouvait repousser les limites établies. Sa redécouverte de Bach et son influence sur les techniques de jeu font de lui le véritable pionnier de la trompette baroque contemporaine.
Vingt-cinq ans après sa disparition le 2 aout 2000, le nom d’Adolf Scherbaum reste incontournable pour les amateurs de trompette baroque. À une époque où l’on redécouvre sans cesse des répertoires oubliés, il demeure l’artisan solitaire qui, par sa technique visionnaire, a rendu possible l’interprétation moderne des œuvres de Bach et consorts.
Dans une interview, Maurice André disait : « Beaucoup me suivent, mais un seul m’a précédé, Adolf Scherbaum, à qui je dois tout : c’est son jeu qui a fixé la norme et façonné mon style. »
Adolf Scherbaum naît le 23 août 1909 à Eger (aujourd’hui Cheb, République tchèque), dans une famille d’Allemands des Sudètes où musique et artisanat se mêlent : son père, maître peintre, est flûtiste amateur. À six ans, il prend ses premières leçons de trompette avec Georg Rott, trompettiste solo du théâtre municipal d’Eger. De 1923 à 1928, il poursuit sa formation à l’École militaire de musique de Prague, avant d’achever ses études à Vienne auprès du professeur Dengler (1928–1929). Son talent éclate rapidement : de 1930 à 1939, il occupe le poste de trompette solo au Landestheater de Brünn (Brno), posant les bases de sa maîtrise technique.
En 1939, il rejoint la Philharmonie allemande de Prague sous la baguette de Joseph Keilberth, qui l’initie au répertoire baroque. De 1941 à 1945, il est trompette solo à l’Orchestre Philharmonique de Berlin, jouant sous la direction de Wilhelm Furtwängler puis Sergiu Celibidache. À la fin du conflit, réfugié à Prague, il est interné comme Sudète allemand : trois mois d’enfermement, avant que d’anciens collègues tchèques n’obtiennent sa libération. Revenu à la vie musicale, il enseigne au Conservatoire de Bratislava et joue à l’Orchestre de la Radio tchécoslovaque (1946–1951). C’est durant cette période d’incertitude, exilé dans un camp à Pfalz, qu’il élabore sa méthode de basse pression, s’exerçant dans des baraquements ou… dans des vignes prêtées par un viticulteur, symbole de sa résilience et de sa quête d’un nouveau contrôle du souffle.
En 1951, grâce à l’aide de la Croix-Rouge, il rejoint l’Allemagne de l’Ouest et devient trompette solo de l’Orchestre de la Radio de Hambourg (NDR Sinfonieorchester) sous Hans Schmidt-Isserstedt, poste qu’il occupe jusqu’en 1964. Élu à l’unanimité, il fonde en 1961 son Ensemble Baroque, multipliant tournées et enregistrements.
La partie de trompette du Concerto Brandebourgeois n° 2 de J. S. Bach était réputée injouable. Scherbaum l’affronte en ré majeur, sans transposition : son interprétation, jugée d’« aisance caractéristique », la rend populaire dans toute l’Europe. Il l’enregistre au moins 14 fois, notamment avec Herbert von Karajan et l’Orchestre Philharmonique de Berlin en 1964. À Moscou, son jeu suscite l’émotion : « C’est la première fois que j’entends cette musique telle que Bach l’a écrite », confie un trompettiste soviétique ému.
Scherbaum entretient une aura de mystère : « Mon secret ? Le diaphragme et les muscles abdominaux », répond-il. Des chercheurs de l’Université de Bâle mesurent pourtant une pression interne de 1,65 bar, supérieure à celle d’un pneu de voiture, sans dommage corporel notable. Sa méthode : jouer systématiquement une octave plus haut que la partition, renforçant ainsi embouchure et souffle pour dompter le registre aigu baroque.
Moins médiatisé que ses pairs, Scherbaum enseigne à Bratislava, puis à la Hochschule für Musik de Sarrebruck (à partir de 1964), et enfin à la Städtische Sing- und Musikschule de Sulzbach-Rosenberg (à partir de 1977), partageant son savoir à des étudiants venus du monde entier. Son héritage pédagogique, transmis « par idéalisme », a formé plusieurs générations de trompettistes baroquistes.
Scherbaum enregistre pour Deutsche Grammophon, Archiv Produktion, Philips, redonnant vie à Telemann, Torelli, Michael Haydn, Leopold Mozart… Ses disques reçoivent plusieurs Grands Prix du Disque en France et un Prix Edison, attestant de sa renommée critique.
Adolf Scherbaum s’éteint le 2 août 2000 à Heilsbronn, quelques jours avant son 91ᵉ anniversaire. Par sa détermination et son génie technique, il a transformé la trompette baroque d’une curiosité savante en un instrument de concert moderne. De ses « vignes » de Pfalz aux plus grands orchestres du monde, il a prouvé que le souffle humain pouvait repousser les limites établies. Sa redécouverte de Bach et son influence sur les techniques de jeu font de lui le véritable pionnier de la trompette baroque contemporaine.