On y était et on a beaucoup aimé, récit du concert de présentation de « Adishatz », le premier album d’un groupe montant de la scène jazz française : Tùca, porté par le trompettiste Louis Gachet.
Dès notre entrée au Studio de l’Ermitage, l’éclairage subtil nous transporte dans l’ambiance de la soirée, une double-sortie d’album organisée par le collectif Déluge (soutenant déjà des projets ambitieux comme l’Orchid Big Band ou Theorem of Joy). En 1re partie, « Adishatz » de Tùca (prononcer « Touka »), et en 2e « Tawazûn » du quartet du saxophoniste Illyes Ferfera.
Le concert débute avec énergie, le premier morceau nous présentant les membres du groupe, Arnaud Bichon à la batterie, Cyril Drapé à la contrebasse, Louis Gachet à la trompette et aux compositions, et une originalité : deux guitaristes, Thomas Gaucher et Martin Ferreyros. Choix audacieux, périlleux, ces instruments partageant les mêmes rôles et fréquences sonores, on pourrait craindre qu’ils se marchent sur les pieds et brouillent l’écoute… Mais il n’en est rien. On distingue tout de suite deux personnalités musicales bien distinctes, amenant une belle complémentarité, ce que ce premier morceau souligne en mettant en scène deux solos de guitare à la suite !
L’instrumentation originale de Tùca reflète la diversité de leur musique, influencée par des artistes tels que Brian Blade, Aaron Parks, Nick Drake, Brad Mehldau, Dick Annegarn, Braxton Cook, Logan Richardson…
Ce qui force le respect, c’est sans doute leur capacité à synthétiser toutes ces influences en un jazz riche et sophistiqué, sans trop se prendre au sérieux et en restant accessible d’écoute.
Au fil des morceaux, le jeu de trompette du meneur du groupe Louis Gachet se révèle remarquable, à la fois puissant et éclatant, mais aussi fin et aérien, parfois même augmenté par des pédales d’effets.
Ses origines landaises imprègnent l’identité du groupe (la majorité des membres est également originaire du sud-ouest), les hommages à la langue gasconne étant nombreux, notamment le nom du groupe « Tùca » qui signifie « Dune » en gascon.
Le répertoire du groupe est constitué de compositions de Louis Gachet ou Thomas Gaucher, et traite de thèmes universels comme l’angoisse, la nostalgie, le deuil. Ce, toujours avec une pointe d’espoir, d’optimisme, qui fait qu’on écoute la musique de Tùca avec plaisir et un grand sourire aux lèvres !
Temps fort du concert, « Adishatz », qui signifie « Salut », « Bonjour » ou encore « Au revoir » en gascon, est un hommage poignant au père de Louis, récemment décédé. Le morceau commence de manière introspective et évolue vers un spectaculaire changement d’ambiance après le solo de trompette.
Également, « Marlotte », dédié aux deux sœurs du trompettiste, est un autre moment mémorable du concert (une des deux concernées était présente dans la salle). La composition nous fait deviner une certaine complicité, symbolisée par deux mélodies s’entremêlant au-dessus d’un ostinato de guitare, au passage un bel exemple de la cohésion rythmique dont font preuve ces excellents musiciens.
Tout au long du concert, on est frappés par les riffs de guitare simples et élégants, les ambiances harmoniques modales contrastées, et les nombreux jeux rythmiques (polyrythmies, mises-en-place, métriques impaires).
On vous encourage fortement à ajouter « Adishatz » à votre play-list de l’été :
On souhaite au groupe une belle tournée, et, pour apporter notre pierre à l’édifice, faisons-nous relai d’un des traits d’humour de Louis Gachet durant le concert : « S’il y a des programmateurs dans la salle… Programmez-nous ! ».


