Super-Soliste de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris, Marc Geujon nous raconte le développement du modèle SC4-MG, sorti chez Schilke et né de la collaboration du musicien avec Andrew et Julie Naumann.
Vivre la naissance d’une trompette est une chose. Mais participer à sa création en est une tout autre. C’est l’expérience qu’a pu vivre Marc Geujon, super-soliste de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris, à travers sa collaboration avec la marque Schilke, depuis plus de 20 ans. Le musicien nous raconte la naissance de cette trompette qui est aujourd’hui jouée dans le monde entier.

Après avoir jouer de nombreuses années des modèles « Custom » (créés par Renold Schilke), la C3 en Ut et la X3 en Bb, qui fonctionnaient très bien en solo, en musique de chambre ou en orchestre de chambre, je suis rentré à l’orchestre de l’Opera. Je souhaitais une trompette qui puisse correspondre à un plus gros orchestre, avec plus de projection, permettant de plus amples dynamiques mais conservant les qualités intrinsèques des trompettes Schilke (facilité, intonation, souplesse).
Andrew Naumann, le patron de Schilke, qui est par ailleurs un excellent technicien, m’a proposé de travailler sur une nouvelle trompette. Nous avons décidé de repartir d’une page blanche. Nouveau corps de pistons, nouvelle branche (non-inversée), nouvelle coulisse d’accord, nouveau pavillon… tout est nouveau sur cette série. Nous avons essayé beaucoup d’équilibres différents et je les ai testés à l’orchestre et en solo. Adrien Jaminet a servi de liaison à l’époque entre Schilke et moi, car je ne pouvais pas retourner à Chicago chaque fois pour de petits ajustements.
Le 4e prototype était le bon… c’est cette trompette que je joue depuis 2017. Nous sommes allés à nouveau avec Adrien à l’usine de Melrose Park, près de Chicago, et avons validé avec Andrew Naumann et l’équipe Schilke ce modèle. Andrew a choisi d’appeler cette nouvelle série « Soloiste », un petit clin d’œil pour moi qui voulait un instrument qui me permettait de jouer en solo, mais aussi à l’orchestre en tant que « super-soliste » de l’Opera de Paris (cette dénomination de poste fait toujours beaucoup rire mes amis aux USA ou dans d’autres pays européens
).
Ainsi la SC4-MG était née (S pour Soloiste, C pour Ut, 4 pour le 4e prototype, et MG…pour le gars qui soufflait dedans) Les premiers retours ayant été très positifs, Andrew m’a proposé de faire également une trompette Si bémol. Nous avons suivi le même style de développement, et la SB4-MG est née.
Enfin, Osamu Takahashi, trompette solo du Metropolitan Symphony de Tokyo, a développé deux modèles l’année suivante, les SB4 et SC4 OT, qui sont un peu plus typés « Bach », mes modèles étant un peu plus typés « Schilke ».

J’ai ensuite collaboré avec Chris Jones, le tourneur d’embouchures chez Schilke, pour développer les embouchures Soloiste (MG1, MG2 etc…) pour trompettes à pistons, trompettes à palettes, cornet, bugle, trompette piccolo. Depuis, la série Soloiste et les embouchures sont devenues assez populaire.
Deux de mes collègues à l’Opera (Pierre Gillet et Robin Bertoncini) jouent la Ut, par exemple. Mais on les trouve aussi à Mulhouse, à Nice, à Detroit aux USA… Schilke est un grand nom dans le monde de la facture de trompettes mais c’est une entreprise familiale, avec une production assez contenue pour conserver les standards de qualités de la marque. Cela fait vingt ans que j’ai la chance de jouer leurs trompettes.
Andrew et Julie Naumann sont devenus des amis, ainsi que certains membres de leur équipe. C’est une fierté pour moi, trompettiste français, de participer à l’élaboration de ces trompettes, comme Georges Mager 100 ans plus tôt avec Vincent Bach…


