Trompettiste de jazz et compositeur, Pierre-Antoine Savoyat continue son parcours sans faute avec la sortie dernièrement d’un album autour de ses compositions. Découverte de Memories form a winter journey
Jeune musicien installé à Bruxelles, Pierre-Antoine Savoyat ne cesse de faire parler de lui. À travers ses compositions notamment pour Brass Band mais également aujourd’hui avec la sortie de son album Le Monde Merveilleux de Pépito/Pierre-Antoine Savoyat « Memories from a Winter Journey » paru mi Novembre et qui fait déjà beaucoup parler de lui.
Issus d’une famille de musicien amateur, Pierre- Antoine Savoyat souffle ses premières notes dans un cornet au Conservatoire de Villefranche sur Saône. Curieux et passionné, il expérimente beaucoup de domaines musicaux (improvisation libre, jazz, piano, musique actuelle…) dans son adolescence, et commencera à composer ses premières mesures de manière autodidacte à seulement 8 ans ! Depuis, le jeune musicien a beaucoup travaillé et c’est un projet très abouti et intime qu’il nous livre à travers ce premier opus salué par la critique.
Pour ce disque, il s’est entouré d’une équipe de musiciens tous plus talentueux les uns que les autres : Simon Groppe au piano, Fil Caporali à la contrebasse, Oscar Georges à la batterie. Le musicien nous propose également d’entendre de nombreux invités avec Ambroos de Schepper au saxophone alto, et un quintette à cordes composé d’Amèle Metlini (violon 1), Julien Gillain (violon 2), Coline Meulemans (violon alto) et Sinouhé Gilot (violoncelle). L’enregistrement a été mené par Vincent de Bast qui a assuré le mixage et le mastering et enfin on retrouve l’artiste Adèle Maury pour la réalisation des différents artwork. Une fine équipe qui nous livre un projet à découvrir en urgence.
- Comment as-tu construit cet album ?
Tout d’abord sur l’histoire du groupe, « Le Monde Merveilleux de Pépito » est un projet en quelque sorte autobiographique, la musique parle de situations où d’évènements qui me sont toujours liés de près ou de loin. S’il y a eu une première version à Chalon sur Saône, le projet s’est concrètement développé à mon arrivé à Bruxelles avec des partenaires privilégiés, Simon Groppe au piano, Fil Caporal à la contrebasse (au début il y avait Federico Stocchi) et Oscar Georges à la batterie. Ce sont des musiciens que j’ai rencontré à Bruxelles (sauf pour Oscar où l’on se connaissait depuis Lyon, même si l’on avait jamais vraiment eu l’occasion de jouer ensemble), et avec qui j’ai eu des affinités très fortes. Mon but, lors des concerts live, est de jouer une musique la plus intuitive possible avec beaucoup d’interplay, j’ai toujours été très influencé par certains quartets américains comme celui de Wayne Shorter ou encore d’Ambrose Akinmusire.
- Qu’est ce que tu as essayé de dire avec ce disque ?
Le production de ce premier disque aura duré 5 ans, entre le moment où j’ai commencé à imaginer le projet et sa production final. Car je ne voulais pas faire un premier disque un peu « par défaut », un disque dont je sais que je pourrais encore être fier dans 10, 20, 30 ans… J’ai souvent du mal à me réécouter jouer, donc pour moi c’était important de faire les choses du mieux possible. Aussi, ne voulant pas que le CD ressemble au projet live, j’ai décidé d’arranger un peu plus la musique, et d’invité Ambroos de Schepper au saxophone alto (encore un compagnon rencontré à Bruxelles, que j’ai souvent invité sur scène) et un quatuor à cordes. Cet album était aussi l’occasion de faire un hommage plus concret à mère, décédé en 2015. Parfois, je dis que c’est un peu l’album où je dis adieu à mon adolescence… à trente ans il était temps !
- Quelles inspirations transparaissent dans ta musique ?
Comme je l’ai dit plus tôt, il y a des musiciens américains, donc sans aucun doute je peux réciter Ambrose Akinmusire comme inspiration numéro 1, je ne cherche pas à devenir sa version européenne, je n’ai clairement pas son génie, mais la découverte de sa musique m’a profondément marqué et a changé une bonne partie de mes ambitions et de la vision que j’avais dans la musique. On peut aussi ajouter en plus de Wayne Shorter, Tom Harrell, Lee Konitz ou encore Freddie Hubbard. Je revendique aussi des influences européennes, chez les trompettistes sans aucun doute comme Matthieu Michel et Jean-Paul Estievenart, que j’ai la chance de pouvoir côtoyer, mais aussi mon ancien professeur Diederik Wissels, ou encore Denis Badault que j’ai eu la chance de rencontrer avec l’Orchestre des Jeunes de l’ONJ avant qu’il nous quitte.
Bien sûr ceux qui me connaissent, savent que mon activité musical ne se limite pas à jouer de la trompette dans des projets de « jazz » ou de musique improvisés, et que j’ai en parallèle une petite carrière de compositeur pour le milieu « classique ». J’ai donc indéniablement ce background là qui est présent. Chez Igor Stravinsky, ou Gustav Mahler qui ont été mes premiers coups de cœur musicaux, ou Léonard Bernstein, et plus récemment Olivier Messiaen. Et puis je peux aussi citer l’artiste éclectique qu’est Björk dont les atmosphères m’ont toujours fasciné.
On pourrait continuer encore longtemps…
- Comment s’est passé l’enregistrement ?
J’ai pas vraiment d’histoire particulière, à part que j’ai trouvé que l’enregistrement s’était extrêmement bien passé, que j’avais trouvé ça louche. Mais je pense qu’on était tous extrêmement bien préparé (moi le premier, pour une fois). Tout les musiciens présents sur l’album ont fait un travail incroyable, j’étais vraiment touché. Ça s’est encore ressenti lors du concert de sorti le 16 novembre dernier. Ce genre de moment dont tu te souviendras toute ta vie, pas forcément car tu as techniquement le mieux joué, mais parce qu’avec tes camarades de scène, tu réussis à transmettre quelque chose de fort aux gens.

L’autre petite histoire est l’occasion de parler du 10ème homme de l’album, Vincent de Bast, qui a réalisé l’enregistrement, le mix et le mastering. C’est un vrai magicien. On m’avait conseillé Vincent lorsque je cherchais quelqu’un, et j’avais vu qu’il s’était occupé de beaucoup d’albums d’artistes belges que j’apprécie. Il a été super pendant l’enregistrement, mais c’est lorsque j’ai reçu les prises la semaine suivant l’enregistrement que j’ai réalisé à quel point il était incroyable. J’ai cru qu’il avait commencé un mix tellement le son de l’enregistrement était bon. Mais non, la position des musiciens dans le studio, le choix des micros et leurs positions en fonction des musiciens, tout avait été choisi de manière à ce que l’enregistrement pur ait déjà un son incroyable. C’est ce qui me rend encore plus fier de cet album, j’ai presque l’impression que ce n’est pas moi qui joue (rires).
- Quelle suite aimerais-tu donner à ce disque et dans ta carrière ?
D’abord, le diffuser, je sais que mal de personnes se demandent ce que je fais comme musique en tant que trompettiste. Je crois que les trompettistes purs et durs risquent d’être déçu, car je ne pense pas avoir une technique très impressionnante et ce n’est pas mon but. J’espère aussi que cet album donnera une image plus claire à tout le monde, au type de musicien que je pense être : honnête, sincère et engagé. Pour la suite j’ai assez de répertoire pour enregistrer trois autres albums. Mais vu ma saison qui arrive en tant que sideman, et les commandes en tant que compositeur. Je vise un prochain album pour 2025/2026.
Biographie
Issus d’une famille de musicien amateur, Pierre- Antoine Savoyat souffle ses premières notes dans un cornet au Conservatoire de Villefranche sur Saône. Curieux et passionné, il expérimente beaucoup de domaines musicaux (improvisation libre, jazz, piano, musique actuelle…) dans son adolescence, et commencera à composer ses premières mesures de manière autodidacte à seulement 8 ans ! Après avoir étudier au Conservatoire à Rayonnement Régional de Chalon sur Saône avec une Triple DEM Trompette Jazz (Olivier Py, Fred Nardin…) Trompette Classique (Éric Planté) et Direction d’Orchestre (il fut aussi actif dans d’autres classes). Pierre- Antoine se perfectionne au Conservatoire Royal Flamand de Bruxelles dans le département Jazz (Thomas Mayade, Jean-Paul Estievenart, Diederik Wissels, Stéphane Galland, Jeroen Van Herzeele…), dans lequel il obtient son Bachelor avec Distinction. Lors de son Master, il effectue un semestre d’échange à la Haute École de Musique de Lausanne, dans lequel il se perfectionne auprès de Matthieu Michel. Il clôture ses études en obtenant un Master avec Grande Distinction et une mention spéciale pour son concert final « People Suite », mélange jazz, musique contemporaine, et cabaret.
Ses nombreuses influences marquantes (citons entre autres Ambrose Akinmusire, Tom Harrell, Léonard Bernstein, Igor Stravinsky ou encore Björk…) font de Pierre-Antoine un musicien atypique, qui s’illustre dans différentes scènes Européennes. En dehors de son quartet, on le retrouve aussi co-leader de « Bruteleiir Collectiif », compositeur et/ou arrangeur pour le « Q- Some Big Band » ou « La Sido », et s’illustre aussi en tant que sideman apprécié, notamment le trio « Elsiris », ou encore le nouveau projet de Stéphane Galland « The Rhythm Hunters ». Il est membre de l’Orchestre National de Jazz des Jeunes de 2020 à 2022 (dirigé par Frank Tortiller puis Denis Badault). Et on a aussi pu l’écouter avec Boogie Belgique ou encore le chanteur et guitariste Wil Key (« Globetrotter Side B »). On peut le retrouver sur le prochain album d’Aka Moon « The Quality of Joy » (2023). Soucieux de développer son style plus profondément, Pierre-Antoine suit de nombreuses masterclass et workshop, où il reçoit les conseils et le soutien de personnalités comme Wynton Marsalis, Philippe Catherine, Django Bates, Gerry Hemingway, Alexandra Grimal, Gard Nilssen…
En parallèle, Pierre-Antoine mène une carrière de compositeur sur la scène classique contemporaine, ses pièces sont régulièrement jouées en Europe. En 2022, il est finaliste de l’European Composer Slam organisé par l’Orchester Im Treppenhaus d’Hannover, honorant une commande pour le Hauts-de-France Brass Band, sa pièce « Sinfonietta n°2 – Quatre Impressions » se fait particulièrement remarqué, permettant à l’orchestre de gagner le Championnat de France de Brass Band 2022, le Flemish Open, et de prendre la deuxième place de programme libre au Championnat d’Europe 2022 à Birmingham.


