L’an prochain, quatre élèves seront en 3ème cycle dans la classe de trompette du Conservatoire de la Nouvelle-Calédonie. Un record qui témoigne du dynamisme du conservatoire ces dernières année. Rencontre avec Jérôme Villette, le professeur.
L’emploi du temps n’est pas le même en Nouvelle Calédonie, les grandes vacances commencent le 16 décembre, et la rentrée aura lieu le 10 février. Avait donc lieu il y a peu le concours pour intégrer le 3ème cycle pour les élèves du Conservatoire. Et pour l’année 2024, la classe de trompette accueillera 4 élèves en 3ème cycle. Ce n’est pas la première fois qu’il y a des cycles 3, il y en a eu déjà quatre dans le passé. C’est par contre la première fois qu’il y en aura autant en même temps. Un record qui met en avant le travail de toute l’équipe et notamment de Jérôme Villette, très dynamique professeur de trompette qui répond à nos questions :

Qu’est-ce que représente pour vous ces quatre élèves en cycle 3 ?
Le conservatoire de musique de la Nouvelle-Calédonie a vu le jour en 2005. Il y avait depuis 1971 une école de musique associative. Charlie DOREY a commencé à enseigner la trompette en 2007, je suis arrivé pour ma part en 2009 en Nouvelle-Calédonie mais je n’ai commencé à enseigner qu’en 2014. Avant l’arrivée de Charlie, c’est Gilles SUBILEAU qui était professeur, il avait entre 6 et 8 élèves par an. Actuellement il y a 27 élèves au conservatoire.
Nous sommes bien évidemment heureux avec Charlie que la qualité de la classe s’améliore et que de jeunes trompettistes s’investissent beaucoup dans la pratique de notre instrument. C’est près de 20 ans de travail pour Charlie qui se considère comme un missionnaire de la trompette. Mais il y a encore énormément de travail à faire, notamment pour développer la classe sur tout le Territoire.
J’y vois pour ma part la possibilité d’être remplacé par un.e calédonien.ne quand je n’enseignerai plus d’ici quelques années.
Comment en êtes-vous arrivés là avec l’équipe du conservatoire et quelles difficultés avez vous rencontrées :
Il est très difficile de maintenir une classe stable avec des niveaux homogènes en Nouvelle- Calédonie. Beaucoup d’élèves sont sur le Territoire pour une courte durée. Ce sont généralement des enfants de professeurs, de militaires et de gendarmes qui sont mutés pour 4 ans maximum. Quand le niveau des élèves commence à être intéressant, ils repartent souvent en Métropole.
Les élèves qui sont en 3ème cycle sont ici depuis longtemps, nous avons pu travailler avec Charlie dans la continuité. Nous serons par contre l’an prochain au creux de la vague concernant les élèves de second cycle.
On peut remarquer depuis quelques temps que le pourcentage de nos élèves calédoniens est plus important que nos élèves métropolitains, ce qui est très encourageant pour la suite.
Quels projets ont été fédérateurs ?
Depuis 10 ans il y a eu un grand nombre de projets autour des cuivres et plus particulièrement autour de la trompette. Ces projets avaient pour but bien sûr de promouvoir nos instruments mais aussi de créer une dynamique en faisant jouer nos élèves avec nos invités internationaux, et en créant des ensembles en mélangeant amateurs et pros. 2014 a été le point de départ avec une Master Class de Samuel TUPIN (Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo). S’en sont suivis des concerts et Master Class en 2015 avec « Trompettes en fête » avec pour invités Samuel TUPIN et Yoshio KOBAYASHI. En 2017 l’Ensemble de Cuivres et Percussions de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo est venu pour une série de 3 concerts et plusieurs Master Class, puis TROMBAMANIA est venu en 2019 lors d’une tournée qui les avait amené au Japon et en Australie. J’ai ensuite créé le festival « Trompettes Sous Les Étoiles » en 2021. La deuxième édition a eu lieu cette année en 2023. Ibrahim MAALOUF en est le parrain.

Nous essayons aussi d’aller le plus souvent possible à la rencontre du public avec les orchestres que nous dirigeons avec Charlie. Nous faisons une vingtaine de concerts par an. Nous nous déplaçons dans le Grand Nouméa et avons pour projet d’aller plus souvent en Brousse et dans les îles. La trompette étant bien représentée dans ces orchestres, cela fait une belle promotion pour notre instrument.
Nous avons créé en début d’année le dispositif E.P.I.C (Enseignement par la Pratique Instrumentale Collective) qui est destiné aux cuivres. Les élèves viennent une seule fois par semaine au conservatoire pour une séance qui dure 2h30. Durant cette séance les enfants ont un cours d’instrument en semi-collectif, un cours de pratique collective dans lequel se joint à nous une professeure de formation musicale. Toutes les notions de FM sont abordées avec l’instrument. Nous avons eu cette année 14 élèves et nous commençons à avoir de la demande pour l’année prochaine, c’est pour cela que nous créerons en 2024 un deuxième groupe
E.P.I.C. Nous sommes persuadés que ce dispositif attirera de plus en plus d’enfants et que nous pourrons ainsi développer les classes de cuivres en Calédonie dont la trompette.
Nous remarquons aussi qu’il y a de plus en plus de trompettistes dans les groupes calédoniens (de très bons trompettistes), tous styles confondus, ce qui contribue indéniablement à la « promotion » de notre instrument.
Quels sont à présent vos objectifs et vos projets pour le futur ?
Nous avons depuis quelques années mis en place le dispositif Orchestre À l’École. L’an prochain il y en aura vingt sur tout le Territoire. Proportionnellement c’est 3 fois plus qu’en Métropole ! 35 trompettistes font partie du dispositif. Ils sont tous issus des quartiers dits « difficiles », ce sont des enfants qui resteront sur le Territoire et donc un vivier pour l’avenir. Nous commençons à réfléchir avec Charlie et la direction du conservatoire sur l’avenir musical de ces enfants une fois qu’ils seront sortis du dispositif. On pense s’orienter vers la création d’ateliers et d’orchestres dans lesquels pourraient être intégrer ces musiciens.
J’ai aussi pour projet avec John FOSTER (trompettiste australien) de créer une branche Pacifique de International Trumpet Guild. Peu de personnes le savent en Europe, mais il y a de nombreux cuivres, et notamment de nombreux Brass-Band dans de tous petits pays comme les îles Salomon, Fidji, Samoa. Cette branche de l’ITG permettrait de relier ces îles à l’Australie, la Nouvelle-Zélande et bien sûr la Nouvelle-Calédonie.
Témoignages des élèves de 3ème cycle :
Martin CLEMENTZ, 15 ans : « Je suis super heureux d’être passé en 3ème cycle, c’est pour moi un gros palier. J’ai beaucoup travaillé car j’ai un appareil dentaire depuis quelques temps. Jérôme s’est beaucoup impliqué et m’a beaucoup aidé, d’ailleurs je le remercie. Mon objectif est de pousser jusqu’au DEM de trompette »
Sylvie LECOURT, 12 ans : « Quand j’ai été admise en 3eme cycle, j’ai réalisé être vraiment entrée dans la cour des grands! Mes projets de jeune trompettiste sont d’obtenir mon DEM, de continuer à jouer dans des ensembles, de jouer en concert (car j’adore la scène!), et mon rêve serait bien sûr de devenir une soliste classique en réinterprétant à la trompette des oeuvres écrites pour d’autres instruments afin de leur donner d’autres émotions, comme le Nocturne n2 de Chopin que j’ai interprété à la trompette pour mon BEM, ainsi j’ai trouvé que cette oeuvre jouée à la trompette inspirait des émotions dramatiques alors qu’au piano nous ressentons une grande douceur. »
Niels BERGERY, 17 ans : « Je suis très heureux et fier d’avoir validé le passage dans le 3ème cycle. J’ai commencé la trompette car j’ai été très inspiré par Ibrahim MAALOUF et j’espère pouvoir continuer l’instrument et prendre du plaisir à jouer encore longtemps. La trompette est vraiment une superbe échappatoire qui permet de voyager et de prendre de la distance avec le quotidien »
Elijah DEGRÉAUX, 18 ans : Je suis heureux d’être en 3ème cycle car j’ai réussi à aller au-delà de mes propres espérances et je me suis prouvé que j’en suis capable. Mes objectifs seraient de m’améliorer en tant que musicien, car je ne veux pas faire que de la trompette, je veux aussi m’améliorer dans d’autres instruments. En tant que trompettiste j’aimerais améliorer mon improvisation et ma technique. Mon rêve en tant que jeune trompettiste serait de me produire un peu partout si cela est possible et que ma musique soit une véritable émotion pour le public
Bravo à ces jeunes musiciens et à leurs professeurs et nous leur souhaitons toute la réussite possible.


