[Carnet Noir] Lalo Schifrin s’est éteint
Citation de sourdinebot le 27/06/2025, 15h48Le compositeur légendaire Lalo Schifrin est décédé le 26 juin 2025 à Los Angeles, à l’âge de 93 ans. Auteur de musiques inoubliables pour Mission: Impossible, Bullitt ou encore L’Inspecteur Harry, il laisse derrière lui un héritage musical monumental. Trompette Actus lui rend hommage à travers le prisme d’un instrument central de sa palette sonore : la trompette.
Une dernière note pour un génie du rythme
L’annonce de la disparition de Lalo Schifrin, confirmée par son fils Ryan, a déclenché une avalanche d’hommages dans le monde entier. Compositeur phare du cinéma et de la télévision du XXe siècle, il a redéfini l’art de la bande originale par son usage novateur du jazz, de la tension rythmique et d’un sens dramatique aiguisé. Son œuvre, protéiforme mais toujours reconnaissable, résonne encore dans nos mémoires auditives collectives, en particulier par la place qu’il offrait à la trompette – instrument fétiche de ses partitions.
L’Académie des Oscars, qui lui avait remis une statuette d’honneur en 2018, a résumé son art en une phrase :
« Le compte à rebours commence. La mèche s’allume. La musique démarre et, soudain, vous êtes plongé dans l’action. »
C’est exactement cela : Schifrin ne soulignait pas les scènes. Il les propulsait.
Une formation entre trois continents
Né à Buenos Aires en 1932, Boris Claudio « Lalo » Schifrin a grandi dans une famille où la musique classique était une discipline quotidienne. Son père, violoniste au Teatro Colón, lui transmet une base solide en harmonie et orchestration. Cette rigueur européenne s’ouvre bientôt à d’autres horizons : à Paris, dans les années 1950, il fréquente les classes d’Olivier Messiaen au Conservatoire le jour, et les caves de Saint-Germain-des-Prés la nuit. Il découvre le jazz en direct, un langage nouveau, interdit dans son Argentine natale sous Perón.
Mais c’est en 1956, lors de sa rencontre avec Dizzy Gillespie, que son destin bascule. Il compose pour le trompettiste la suite Gillespiana, et devient bientôt son pianiste attitré. Ce compagnonnage, nourri de respect mutuel et de liberté artistique, façonne son approche orchestrale. La trompette devient pour lui un vecteur expressif majeur, au croisement du lyrisme, de l’urgence et de l’énergie.
À Hollywood, la trompette entre en scène
C’est dans le creuset hollywoodien des années 1960 que Schifrin affine son style inimitable. Il mêle les codes du funk, du jazz et du symphonique avec une maîtrise rare, sculptant des paysages sonores au service du récit. La trompette y joue un rôle crucial : elle devient une voix narrative à part entière.
🎬 Mission: Impossible (1966)
Avec son thème en 5/4 devenu iconique, Schifrin rompt avec les conventions et crée une tension permanente. Les attaques cuivrées des trompettes, en arrière-plan de la mélodie principale, donnent leur tranchant aux séquences d’espionnage. Sur l’enregistrement original, on retrouve des géants du studio comme Al Porcino, John Audino et Tony Terran.
🎬 Bullitt (1968)
Le polar urbain trouve chez Schifrin un écho musical inégalé. Le thème, empreint de jazz-funk, repose sur un équilibre subtil entre groove tendu et introspection mélancolique. La trompette s’y fait tantôt urgente, tantôt plaintive, incarnant l’ambiguïté du personnage de Steve McQueen. Dans “The Aftermath of Love”, elle devient presque murmure.
🎬 L’Inspecteur Harry (1971)
Changement d’atmosphère : place à la noirceur et à la dissonance. La trompette y intervient par éclats, tranchants comme des lames, incarnant la violence sourde du film. Ici, plus de héros flamboyant : la trompette reflète le cynisme et le désenchantement du détective Callahan.
Musiciens de l’ombre, architectes du son
Le style de Schifrin n’aurait pu s’imposer sans la virtuosité de ses interprètes. Il travaillait avec l’élite des studios de Los Angeles, parmi lesquels de nombreux trompettistes de renom : Stuart Williamson, Conte Candoli, Don Ellis, Bud Brisbois, ou encore les membres du collectif Wrecking Crew. Leur sens du phrasé, leur précision rythmique et leur palette expressive ont fait de chaque session un chef-d’œuvre d’équilibre sonore.
Un héritage colossal
Au-delà de ces chefs-d’œuvre, Schifrin a écrit plus de 100 bandes originales, signé les musiques de séries cultes comme Mannix, Starsky & Hutch, ou encore Rush Hour, et contribué à redéfinir les codes du scoring moderne. Il a reçu cinq Grammy Awards et une reconnaissance tardive mais méritée de l’Académie en 2018. Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres en France, il demeure un pont vivant entre la musique savante, le jazz et le cinéma populaire.
Une trompette pour l’éternité
Chez Lalo Schifrin, la trompette ne se contente pas de jouer. Elle parle, elle alerte, elle charme, elle explose. Qu’elle soit portée par Dizzy Gillespie ou par les meilleurs musiciens de session de Hollywood, elle est toujours le reflet de son intention dramatique : dire ce que l’image ne peut exprimer.
Aujourd’hui, le souffle de ces trompettes continue de résonner dans les salles obscures et les mémoires musicales. Et s’il devait rester une dernière note de Lalo Schifrin, il y a fort à parier qu’elle serait jouée sur une trompette, en un murmure poignant ou en un éclat triomphant.
Mission accomplie, maestro.
Le compositeur légendaire Lalo Schifrin est décédé le 26 juin 2025 à Los Angeles, à l’âge de 93 ans. Auteur de musiques inoubliables pour Mission: Impossible, Bullitt ou encore L’Inspecteur Harry, il laisse derrière lui un héritage musical monumental. Trompette Actus lui rend hommage à travers le prisme d’un instrument central de sa palette sonore : la trompette.
Une dernière note pour un génie du rythme
L’annonce de la disparition de Lalo Schifrin, confirmée par son fils Ryan, a déclenché une avalanche d’hommages dans le monde entier. Compositeur phare du cinéma et de la télévision du XXe siècle, il a redéfini l’art de la bande originale par son usage novateur du jazz, de la tension rythmique et d’un sens dramatique aiguisé. Son œuvre, protéiforme mais toujours reconnaissable, résonne encore dans nos mémoires auditives collectives, en particulier par la place qu’il offrait à la trompette – instrument fétiche de ses partitions.
L’Académie des Oscars, qui lui avait remis une statuette d’honneur en 2018, a résumé son art en une phrase :
« Le compte à rebours commence. La mèche s’allume. La musique démarre et, soudain, vous êtes plongé dans l’action. »
C’est exactement cela : Schifrin ne soulignait pas les scènes. Il les propulsait.
Une formation entre trois continents
Né à Buenos Aires en 1932, Boris Claudio « Lalo » Schifrin a grandi dans une famille où la musique classique était une discipline quotidienne. Son père, violoniste au Teatro Colón, lui transmet une base solide en harmonie et orchestration. Cette rigueur européenne s’ouvre bientôt à d’autres horizons : à Paris, dans les années 1950, il fréquente les classes d’Olivier Messiaen au Conservatoire le jour, et les caves de Saint-Germain-des-Prés la nuit. Il découvre le jazz en direct, un langage nouveau, interdit dans son Argentine natale sous Perón.
Mais c’est en 1956, lors de sa rencontre avec Dizzy Gillespie, que son destin bascule. Il compose pour le trompettiste la suite Gillespiana, et devient bientôt son pianiste attitré. Ce compagnonnage, nourri de respect mutuel et de liberté artistique, façonne son approche orchestrale. La trompette devient pour lui un vecteur expressif majeur, au croisement du lyrisme, de l’urgence et de l’énergie.
À Hollywood, la trompette entre en scène
C’est dans le creuset hollywoodien des années 1960 que Schifrin affine son style inimitable. Il mêle les codes du funk, du jazz et du symphonique avec une maîtrise rare, sculptant des paysages sonores au service du récit. La trompette y joue un rôle crucial : elle devient une voix narrative à part entière.
🎬 Mission: Impossible (1966)
Avec son thème en 5/4 devenu iconique, Schifrin rompt avec les conventions et crée une tension permanente. Les attaques cuivrées des trompettes, en arrière-plan de la mélodie principale, donnent leur tranchant aux séquences d’espionnage. Sur l’enregistrement original, on retrouve des géants du studio comme Al Porcino, John Audino et Tony Terran.
🎬 Bullitt (1968)
Le polar urbain trouve chez Schifrin un écho musical inégalé. Le thème, empreint de jazz-funk, repose sur un équilibre subtil entre groove tendu et introspection mélancolique. La trompette s’y fait tantôt urgente, tantôt plaintive, incarnant l’ambiguïté du personnage de Steve McQueen. Dans “The Aftermath of Love”, elle devient presque murmure.
🎬 L’Inspecteur Harry (1971)
Changement d’atmosphère : place à la noirceur et à la dissonance. La trompette y intervient par éclats, tranchants comme des lames, incarnant la violence sourde du film. Ici, plus de héros flamboyant : la trompette reflète le cynisme et le désenchantement du détective Callahan.
Musiciens de l’ombre, architectes du son
Le style de Schifrin n’aurait pu s’imposer sans la virtuosité de ses interprètes. Il travaillait avec l’élite des studios de Los Angeles, parmi lesquels de nombreux trompettistes de renom : Stuart Williamson, Conte Candoli, Don Ellis, Bud Brisbois, ou encore les membres du collectif Wrecking Crew. Leur sens du phrasé, leur précision rythmique et leur palette expressive ont fait de chaque session un chef-d’œuvre d’équilibre sonore.
Un héritage colossal
Au-delà de ces chefs-d’œuvre, Schifrin a écrit plus de 100 bandes originales, signé les musiques de séries cultes comme Mannix, Starsky & Hutch, ou encore Rush Hour, et contribué à redéfinir les codes du scoring moderne. Il a reçu cinq Grammy Awards et une reconnaissance tardive mais méritée de l’Académie en 2018. Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres en France, il demeure un pont vivant entre la musique savante, le jazz et le cinéma populaire.
Une trompette pour l’éternité
Chez Lalo Schifrin, la trompette ne se contente pas de jouer. Elle parle, elle alerte, elle charme, elle explose. Qu’elle soit portée par Dizzy Gillespie ou par les meilleurs musiciens de session de Hollywood, elle est toujours le reflet de son intention dramatique : dire ce que l’image ne peut exprimer.
Aujourd’hui, le souffle de ces trompettes continue de résonner dans les salles obscures et les mémoires musicales. Et s’il devait rester une dernière note de Lalo Schifrin, il y a fort à parier qu’elle serait jouée sur une trompette, en un murmure poignant ou en un éclat triomphant.
Mission accomplie, maestro.