Le son était immédiatement reconnaissable. Une mélodie chaude, veloutée, planant doucement sur les ondes, portée par le souffle d’un bugle devenu mythique. Ce son s’est éteint le 22 juillet 2025. Charles Frank « Chuck » Mangione s’est éteint paisiblement dans son sommeil, à Rochester, New York, sa ville natale, à l’âge de 84 ans. Avec lui disparaît bien plus qu’un musicien couronné de deux Grammy Awards : une figure unique de la scène musicale américaine, un artisan du lien entre jazz, pop et culture populaire.
De Rochester aux Jazz Messengers : le parcours d’un héritier
Né en 1940 dans une famille italo-américaine passionnée de musique, Mangione a grandi dans un environnement où le jazz était roi. Son immersion fut précoce, encouragée par la proximité de sa famille avec Dizzy Gillespie, qu’il décrivait comme son « père musical ». C’est avec son frère, Gap Mangione, qu’il fonde les Jazz Brothers, groupe de hard bop signé par le label Riverside dès 1960.
Formé à l’Eastman School of Music, Mangione s’est imposé par sa rigueur et son talent, jusqu’à intégrer les Jazz Messengers d’Art Blakey – poste prestigieux déjà occupé par des légendes comme Freddie Hubbard ou Lee Morgan. Ce parcours exemplaire le plaçait au cœur de l’élite du jazz avant même sa reconversion vers une musique plus mélodique et accessible. Son bugle, à la sonorité ronde et enveloppante, deviendra dès lors son emblème.
Feels So Good : l’instrumental qui a conquis le monde
Dans les années 1970, Mangione redéfinit les contours du jazz en flirtant avec la pop et les orchestrations symphoniques. Dès 1970, avec Friends & Love, il explore une veine émotionnelle rare. Puis viennent Chase the Clouds Away, Bellavia, et surtout Feels So Good, son chef-d’œuvre de 1977. Ce dernier, instrumental de près de dix minutes, entre au top 5 du Billboard en 1978 – un exploit pour un morceau de jazz.
Cette œuvre est plus qu’un succès : elle devient une signature sonore planétaire. Elle marquera les Jeux olympiques de 1976, les ondes radio, les jingles télévisés et bien plus encore. À travers des morceaux comme Children of Sanchez – utilisé comme hymne par les démocrates polonais dans les années 1980 – Mangione démontre que sa musique pouvait transcender les contextes pour toucher à l’universel.
Son choix du bugle n’était pas une coquetterie mais une véritable esthétique. Sonorité douce, timbre chaleureux, la « corne de velours » permettait à Mangione de développer une musique réconfortante, évocatrice, capable de toucher l’auditeur sans une seule parole. Son style a inspiré et nourri ce que l’on nommera plus tard le smooth jazz – pour le meilleur et parfois pour le pire, selon les critiques.
Mais Mangione ne s’en est jamais excusé. Face aux accusations de facilité ou de musique d’ascenseur, il rétorquait avec humour et lucidité : « Appelez ça comme vous voulez. Moi, j’appelle ça deux maisons, trois voitures, et une sacrée liberté. »
Un homme de scène et de cœur
Sur scène, Mangione cultivait la proximité. Il prenait le temps d’introduire ses musiciens, racontait l’histoire de ses morceaux, signait inlassablement des autographes. Ce lien profond avec son public était le reflet de son art : direct, sincère, généreux.
Il fut aussi un pédagogue passionné, dirigeant l’ensemble jazz de l’Eastman School dans les années 1970, et un artiste engagé. On lui doit des concerts de bienfaisance (notamment pour les victimes du séisme en Italie en 1980) et un soutien constant aux jeunes musiciens.
L’icône au chapeau, entre télévision et mémoire nationale
À partir des années 1990, Mangione devient une figure culte grâce à la série animée King of the Hill, où il apparaît dans son propre rôle, caricaturé mais toujours bienveillant. Ce clin d’œil humoristique – où il joue éternellement les premières notes de Feels So Good – séduit une nouvelle génération.
Dans le même temps, il entre au Smithsonian : son chapeau feutre marron et la partition manuscrite de Feels So Good sont désormais conservés au National Museum of American History, preuve de l’impact culturel de son œuvre.
Mais sa fin de carrière fut marquée par une profonde douleur : en 2009, deux de ses collaborateurs, le saxophoniste Gerry Niewood et le guitariste Coleman Mellett, périssent dans un crash aérien. Ce drame le bouleverse et ralentit sa production musicale. Son dernier album, The Feeling’s Back, paraît en 2000.
Un legs musical et émotionnel
Plus qu’un musicien, Chuck Mangione a été un passeur d’émotions. Il a su créer un son immédiatement identifiable, qui évoque à la fois la douceur, la nostalgie, l’enfance, l’espoir. Il a fait entendre que la trompette et le bugle pouvaient être des instruments de tendresse autant que de virtuosité.
Le smooth jazz, dont il fut l’un des pionniers, reste discuté. Mais peu importe. Son œuvre n’a jamais prétendu autre chose que ce qu’elle était : une musique pour se sentir bien. Et comme l’ont souligné les hommages venus du monde entier – de Jimmy Fallon aux organisateurs du Rochester International Jazz Festival – Chuck Mangione laisse derrière lui bien plus qu’un catalogue de disques. Il laisse une empreinte émotionnelle et culturelle, vivante et profonde : "Tant que ses mélodies optimistes et intemporelles continueront de résonner, sa mémoire, tout comme sa chanson la plus célèbre, continuera de nous faire nous sentir bien."
Le son était immédiatement reconnaissable. Une mélodie chaude, veloutée, planant doucement sur les ondes, portée par le souffle d’un bugle devenu mythique. Ce son s’est éteint le 22 juillet 2025. Charles Frank « Chuck » Mangione s’est éteint paisiblement dans son sommeil, à Rochester, New York, sa ville natale, à l’âge de 84 ans. Avec lui disparaît bien plus qu’un musicien couronné de deux Grammy Awards : une figure unique de la scène musicale américaine, un artisan du lien entre jazz, pop et culture populaire.
De Rochester aux Jazz Messengers : le parcours d’un héritier
Né en 1940 dans une famille italo-américaine passionnée de musique, Mangione a grandi dans un environnement où le jazz était roi. Son immersion fut précoce, encouragée par la proximité de sa famille avec Dizzy Gillespie, qu’il décrivait comme son « père musical ». C’est avec son frère, Gap Mangione, qu’il fonde les Jazz Brothers, groupe de hard bop signé par le label Riverside dès 1960.
Formé à l’Eastman School of Music, Mangione s’est imposé par sa rigueur et son talent, jusqu’à intégrer les Jazz Messengers d’Art Blakey – poste prestigieux déjà occupé par des légendes comme Freddie Hubbard ou Lee Morgan. Ce parcours exemplaire le plaçait au cœur de l’élite du jazz avant même sa reconversion vers une musique plus mélodique et accessible. Son bugle, à la sonorité ronde et enveloppante, deviendra dès lors son emblème.
Feels So Good : l’instrumental qui a conquis le monde
Dans les années 1970, Mangione redéfinit les contours du jazz en flirtant avec la pop et les orchestrations symphoniques. Dès 1970, avec Friends & Love, il explore une veine émotionnelle rare. Puis viennent Chase the Clouds Away, Bellavia, et surtout Feels So Good, son chef-d’œuvre de 1977. Ce dernier, instrumental de près de dix minutes, entre au top 5 du Billboard en 1978 – un exploit pour un morceau de jazz.
Cette œuvre est plus qu’un succès : elle devient une signature sonore planétaire. Elle marquera les Jeux olympiques de 1976, les ondes radio, les jingles télévisés et bien plus encore. À travers des morceaux comme Children of Sanchez – utilisé comme hymne par les démocrates polonais dans les années 1980 – Mangione démontre que sa musique pouvait transcender les contextes pour toucher à l’universel.
Un son, une philosophie
Son choix du bugle n’était pas une coquetterie mais une véritable esthétique. Sonorité douce, timbre chaleureux, la « corne de velours » permettait à Mangione de développer une musique réconfortante, évocatrice, capable de toucher l’auditeur sans une seule parole. Son style a inspiré et nourri ce que l’on nommera plus tard le smooth jazz – pour le meilleur et parfois pour le pire, selon les critiques.
Mais Mangione ne s’en est jamais excusé. Face aux accusations de facilité ou de musique d’ascenseur, il rétorquait avec humour et lucidité : « Appelez ça comme vous voulez. Moi, j’appelle ça deux maisons, trois voitures, et une sacrée liberté. »
Un homme de scène et de cœur
Sur scène, Mangione cultivait la proximité. Il prenait le temps d’introduire ses musiciens, racontait l’histoire de ses morceaux, signait inlassablement des autographes. Ce lien profond avec son public était le reflet de son art : direct, sincère, généreux.
Il fut aussi un pédagogue passionné, dirigeant l’ensemble jazz de l’Eastman School dans les années 1970, et un artiste engagé. On lui doit des concerts de bienfaisance (notamment pour les victimes du séisme en Italie en 1980) et un soutien constant aux jeunes musiciens.
L’icône au chapeau, entre télévision et mémoire nationale
À partir des années 1990, Mangione devient une figure culte grâce à la série animée King of the Hill, où il apparaît dans son propre rôle, caricaturé mais toujours bienveillant. Ce clin d’œil humoristique – où il joue éternellement les premières notes de Feels So Good – séduit une nouvelle génération.
Dans le même temps, il entre au Smithsonian : son chapeau feutre marron et la partition manuscrite de Feels So Good sont désormais conservés au National Museum of American History, preuve de l’impact culturel de son œuvre.
Mais sa fin de carrière fut marquée par une profonde douleur : en 2009, deux de ses collaborateurs, le saxophoniste Gerry Niewood et le guitariste Coleman Mellett, périssent dans un crash aérien. Ce drame le bouleverse et ralentit sa production musicale. Son dernier album, The Feeling’s Back, paraît en 2000.
Un legs musical et émotionnel
Plus qu’un musicien, Chuck Mangione a été un passeur d’émotions. Il a su créer un son immédiatement identifiable, qui évoque à la fois la douceur, la nostalgie, l’enfance, l’espoir. Il a fait entendre que la trompette et le bugle pouvaient être des instruments de tendresse autant que de virtuosité.
Le smooth jazz, dont il fut l’un des pionniers, reste discuté. Mais peu importe. Son œuvre n’a jamais prétendu autre chose que ce qu’elle était : une musique pour se sentir bien. Et comme l’ont souligné les hommages venus du monde entier – de Jimmy Fallon aux organisateurs du Rochester International Jazz Festival – Chuck Mangione laisse derrière lui bien plus qu’un catalogue de disques. Il laisse une empreinte émotionnelle et culturelle, vivante et profonde : "Tant que ses mélodies optimistes et intemporelles continueront de résonner, sa mémoire, tout comme sa chanson la plus célèbre, continuera de nous faire nous sentir bien."