Début janvier, deux trompettistes et personnalités du monde de la trompette nous ont quittés. Emilio Soana et Elgar Howarth ont chacun dans leur style apporté beaucoup à notre instrument. Voici une chronique qui propose d'en savoir plus sur ces deux musiciens.
Le cornettiste, trompettiste, chef d‘orchestre et arrangeur britannique Elgar Howarth est décédé le 13 janvier 2015. Il est né à Cannock (Staffordshire) le 4 novembre 1935. Son père cornettiste, Oliver Howarth, a dirigé un brass band vers Manchester. Ce qui a plongé Elgar, très tôt, dans le bain des cuivres. Son père l’a initié au cornet, puis il étudiera auprès de Cecil Kidd au Royal College de Manchester. C’est à l’âge de 10 ans qu’il a débuté dans le brass band de son père. Dans ce milieu typiquement britannique, il remporta en 1949 le Alice Owen Memorial Scholarship.
Mais Elgar Howarth s’intéresse aussi à la musique contemporaine et on le vit jouer dans le Manchester New Music Group (avec Harrison Birtwistle, cl, John Ogdon, p, John Dow, cello). Après l’expérience militaire passée dans le Central Band of the RAF, Elgar décroche l’expérience d’orchestre dans la fameuse Royal Opera House-Covent Garden (1958-63). Là, il a joué sous la direction de Rudolf Kempe, Georg Solti, Rafael Kubelik, Otto Klemperer, C.M. Giulini et E. Ansermet. Puis, il fait le métier en tant que freelance (1963-65) avant d’être trompette titulaire du pas moins fameux Royal Philharmonic (1963, tournée en France). Dans cet orchestre, il retrouve le difficile Rudolf Kempe (1965-70). La postérité retiendra sa collaboration avec l’incontournable maître des cuivres britanniques, Philip Jones. Il est membre du Philip Jones Brass de 1965 à 1976, contribuant à ses disques (DGG : musique de H.W. Henze ; Argo) et à son répertoire dont une orchestration pour cuivres des Tableaux d’une exposition, qui a fait date (éditions Chester). Thierry Caens la jouera à Dijon en 1982.
Elgar a aussi enregistré une Etude caractéristique d’Arban avec le Philip Jones Brass (1977). Et en duo avec Stanley Wood, Elgar nous a proposé une Fanfare for Louis (1970). Parallèlement le trompettiste Elgar Howarth a enregistré du Purcell avec le Stour Music Orchestra dirigé par Alfred Deller, et proposé sa version du Concerto de Haydn (1972, St. James Orchestra, dir. Stewart Bedford). Mais celui qui fut dédicataire de la Sonata for Trumpet and Piano de Peter Maxwell Davies (1955), s’exprimait aussi de 1968 à 1972 au sein de la London Sinfonietta (1968, direction David Atherton : Punch and Judy, opéra de Birtwistle, Aldeburgh Festival). Dès 1972, la direction l’occupe de plus en plus, notamment du Nash Ensemble (musiques contemporaines) et du Grimethorpe Colliery Band comme je l’ai vu à Nîmes en 1978, en concert gratuit près des arènes (Tom Paulin, cornet solo). Il a écrit What a performance! The Brass Band Plays (1988, avec Patrick Howarth) et Presenting the Brass (dédié au James Shepherd Versatile Brass). Il a enseigné au Salford College (1992).
Spécialiste de la musique de son temps, Elgar Howarth a dirigé la création mondiale du Grand Macabre de György Ligeti à l’Opéra royal de Stockholm en 1978, dans une version en suédois, et la création à l’Opéra de Paris en 1981, en français cette fois. Ligeti exigeait que son ouvrage soit donné dans la langue du pays où il était représenté). En 1983, il y avait également dirigé la création d’Erzsebet de Charles Chaynes, curieusement jumelé avec I Pagliacci avec Jon Vickers. Parmi les autres créations lyriques marquantes qu’Howarth aura dirigées, signalons Gawain d’Harrison Birtwistle donné à Covent Garden en 1991. En bref, si Elgar Howarth fut un excellent représentant du monde du cornet et de la trompette dans la vague britannique qui comptait Philip Jones, John Wilbraham, James Watson et Michael Laird pour ne citer qu’eux, sa contribution à la musique est allée bien au-delà (Michel Laplace; souce: pdf Le Monde de la trompette et des cuivres, p 1433)
Tom Paulin, Elgar Howarth, Grimethorpe, Nîmes 1978, photo Michel Laplace
Mauvais mois de janvier pour les trompettistes. C’est aussi le décès du trompette italien Emilio Soana (1943-2025). Né à Rivarolo Mantovano. Sur proposition de Gorni Kramer, Emilio a fréquenté le Conservatoire de Parme et participé aux cours de musique d'ensemble «expérimentale » dispensés par le maestro Claudio Abbado, dont il est sorti diplômé en 1961.
Emilio fut l'un des meilleurs premiers trompettes de la scène jazz en Italie. Il a joué pour Gil Cuppini et comme trompette solo de l'Orchestre RAI de Milan. Il a joué dans le Gruppo Instrumental Romano, au Festival de Reno (avec Dusko Gojkovic, tp), Franco D’Andrea, la Company de Gabriele Comeglio, le Jazz Class Orchestra (Lombardie, avec Ronnie Cuber, Barney Kessel, Phil Woods, Franco Ambrosetti), le Big Band Radio Suisse Romande dirigé par le batteur Stuff Combe (1981, avec Eric Brooks, tp). Il a collaboré avec des jazzmen de renom tels que Gerry Mulligan, Art Farmer, Francis Boland, Harry Edison, Kenny Barron, Curtis Fuller, Ray Brown, Kay Winding et Clark Terry. On le retrouva ensuite dans le Big Band du sax-clarinette Paolo Tomelleri (festivals d’Ascona) et l’Italian Trumpet Summit (Milan, 2003, avec Tofanelli, Bosso, Casati). En soliste, Emilio a joué Portrait of a Trumpet de Sammy Nestico (18 décembre 2005, Orchestra di Fiati di Soncino).
Je l’ai revu à Ascona en 2007, avec l’Orchestre de la Scuola Civica di Milano dirigé par Enrico Intra, avec Leroy Jones (tp) et Red Holloway (as). Il a pratiqué la musique classique à la RAI, avec le Pomeriggi Musicali, Riccardo Chailly et Zoltan Pesko. Puis, on l’a entendu dans le JW Orchestra (2009), Gianluigi Trovesi Group & Orchestra da Camera di Nembro, le Civica Jazz Band et le Montecarlo Night Orchestra. Emilio Soana a enseigné à l’Instituto Musicale F. Vittadini di Pavia, au petit conservatorio Nuova Milano Musica, et il est l’auteur de La Tromba Jazz Metodo Progressivo (avec Marco Mariani, éd. Ricordi). (Michel Laplace, source: pdf Le Monde de la Trompette et des Cuivres, p 2178)
Début janvier, deux trompettistes et personnalités du monde de la trompette nous ont quittés. Emilio Soana et Elgar Howarth ont chacun dans leur style apporté beaucoup à notre instrument. Voici une chronique qui propose d'en savoir plus sur ces deux musiciens.
Le cornettiste, trompettiste, chef d‘orchestre et arrangeur britannique Elgar Howarth est décédé le 13 janvier 2015. Il est né à Cannock (Staffordshire) le 4 novembre 1935. Son père cornettiste, Oliver Howarth, a dirigé un brass band vers Manchester. Ce qui a plongé Elgar, très tôt, dans le bain des cuivres. Son père l’a initié au cornet, puis il étudiera auprès de Cecil Kidd au Royal College de Manchester. C’est à l’âge de 10 ans qu’il a débuté dans le brass band de son père. Dans ce milieu typiquement britannique, il remporta en 1949 le Alice Owen Memorial Scholarship.
Mais Elgar Howarth s’intéresse aussi à la musique contemporaine et on le vit jouer dans le Manchester New Music Group (avec Harrison Birtwistle, cl, John Ogdon, p, John Dow, cello). Après l’expérience militaire passée dans le Central Band of the RAF, Elgar décroche l’expérience d’orchestre dans la fameuse Royal Opera House-Covent Garden (1958-63). Là, il a joué sous la direction de Rudolf Kempe, Georg Solti, Rafael Kubelik, Otto Klemperer, C.M. Giulini et E. Ansermet. Puis, il fait le métier en tant que freelance (1963-65) avant d’être trompette titulaire du pas moins fameux Royal Philharmonic (1963, tournée en France). Dans cet orchestre, il retrouve le difficile Rudolf Kempe (1965-70). La postérité retiendra sa collaboration avec l’incontournable maître des cuivres britanniques, Philip Jones. Il est membre du Philip Jones Brass de 1965 à 1976, contribuant à ses disques (DGG : musique de H.W. Henze ; Argo) et à son répertoire dont une orchestration pour cuivres des Tableaux d’une exposition, qui a fait date (éditions Chester). Thierry Caens la jouera à Dijon en 1982.
Elgar a aussi enregistré une Etude caractéristique d’Arban avec le Philip Jones Brass (1977). Et en duo avec Stanley Wood, Elgar nous a proposé une Fanfare for Louis (1970). Parallèlement le trompettiste Elgar Howarth a enregistré du Purcell avec le Stour Music Orchestra dirigé par Alfred Deller, et proposé sa version du Concerto de Haydn (1972, St. James Orchestra, dir. Stewart Bedford). Mais celui qui fut dédicataire de la Sonata for Trumpet and Piano de Peter Maxwell Davies (1955), s’exprimait aussi de 1968 à 1972 au sein de la London Sinfonietta (1968, direction David Atherton : Punch and Judy, opéra de Birtwistle, Aldeburgh Festival). Dès 1972, la direction l’occupe de plus en plus, notamment du Nash Ensemble (musiques contemporaines) et du Grimethorpe Colliery Band comme je l’ai vu à Nîmes en 1978, en concert gratuit près des arènes (Tom Paulin, cornet solo). Il a écrit What a performance! The Brass Band Plays (1988, avec Patrick Howarth) et Presenting the Brass (dédié au James Shepherd Versatile Brass). Il a enseigné au Salford College (1992).
Spécialiste de la musique de son temps, Elgar Howarth a dirigé la création mondiale du Grand Macabre de György Ligeti à l’Opéra royal de Stockholm en 1978, dans une version en suédois, et la création à l’Opéra de Paris en 1981, en français cette fois. Ligeti exigeait que son ouvrage soit donné dans la langue du pays où il était représenté). En 1983, il y avait également dirigé la création d’Erzsebet de Charles Chaynes, curieusement jumelé avec I Pagliacci avec Jon Vickers. Parmi les autres créations lyriques marquantes qu’Howarth aura dirigées, signalons Gawain d’Harrison Birtwistle donné à Covent Garden en 1991. En bref, si Elgar Howarth fut un excellent représentant du monde du cornet et de la trompette dans la vague britannique qui comptait Philip Jones, John Wilbraham, James Watson et Michael Laird pour ne citer qu’eux, sa contribution à la musique est allée bien au-delà (Michel Laplace; souce: pdf Le Monde de la trompette et des cuivres, p 1433)
Tom Paulin, Elgar Howarth, Grimethorpe, Nîmes 1978, photo Michel Laplace
Mauvais mois de janvier pour les trompettistes. C’est aussi le décès du trompette italien Emilio Soana (1943-2025). Né à Rivarolo Mantovano. Sur proposition de Gorni Kramer, Emilio a fréquenté le Conservatoire de Parme et participé aux cours de musique d'ensemble «expérimentale » dispensés par le maestro Claudio Abbado, dont il est sorti diplômé en 1961.
Emilio fut l'un des meilleurs premiers trompettes de la scène jazz en Italie. Il a joué pour Gil Cuppini et comme trompette solo de l'Orchestre RAI de Milan. Il a joué dans le Gruppo Instrumental Romano, au Festival de Reno (avec Dusko Gojkovic, tp), Franco D’Andrea, la Company de Gabriele Comeglio, le Jazz Class Orchestra (Lombardie, avec Ronnie Cuber, Barney Kessel, Phil Woods, Franco Ambrosetti), le Big Band Radio Suisse Romande dirigé par le batteur Stuff Combe (1981, avec Eric Brooks, tp). Il a collaboré avec des jazzmen de renom tels que Gerry Mulligan, Art Farmer, Francis Boland, Harry Edison, Kenny Barron, Curtis Fuller, Ray Brown, Kay Winding et Clark Terry. On le retrouva ensuite dans le Big Band du sax-clarinette Paolo Tomelleri (festivals d’Ascona) et l’Italian Trumpet Summit (Milan, 2003, avec Tofanelli, Bosso, Casati). En soliste, Emilio a joué Portrait of a Trumpet de Sammy Nestico (18 décembre 2005, Orchestra di Fiati di Soncino).
Je l’ai revu à Ascona en 2007, avec l’Orchestre de la Scuola Civica di Milano dirigé par Enrico Intra, avec Leroy Jones (tp) et Red Holloway (as). Il a pratiqué la musique classique à la RAI, avec le Pomeriggi Musicali, Riccardo Chailly et Zoltan Pesko. Puis, on l’a entendu dans le JW Orchestra (2009), Gianluigi Trovesi Group & Orchestra da Camera di Nembro, le Civica Jazz Band et le Montecarlo Night Orchestra. Emilio Soana a enseigné à l’Instituto Musicale F. Vittadini di Pavia, au petit conservatorio Nuova Milano Musica, et il est l’auteur de La Tromba Jazz Metodo Progressivo (avec Marco Mariani, éd. Ricordi). (Michel Laplace, source: pdf Le Monde de la Trompette et des Cuivres, p 2178)