À l’occasion de la 5ème édition du concours international Théo Charlier, Clément Saunier se livre sur ses impressions en tant que membre du jury.
Alors que le concours s’est terminé il y a quelques jours, et a vu Raphaël Horrach remporter le premier prix, nous avons rencontré Clément Saunier, trompettiste international, membre de l’Ensemble Intercontemporain, professeur au CNSM de Lyon. Lauréat de la première édition de ce concours en 2005, Clément Saunier était invité au jury cette année. Avec lui, plusieurs solistes et musiciens du monde entier : Klaus Bräker (Allemagne), Tamas Palfalvi (Hongrie),Terry Everson (États-Unis), ou encore Dominique Bodart (Belgique), également organisateur du concours avec Brass Promotion ASBL.
Lors du 1er tour, les candidats ont eu à interpréter 2 pièces imposées : La Première Fantaisie en Sol Majeur (sur trompette Sib) de Telemann (arrangement de Jay Lichtmann) ainsi que la pièce Path de Toru Takemitsu. Ils avaient ensuite le choix d’une pièce dans une liste comprenant Martinu, Françaix, Hindemith, Bitsch, Jongen ou encore Guinovart.
8 candidats se sont qualifiés pour les demi-finales dont le programme comportait : le Concerto op 41 d’Alexander Goedicke et le Concerto op 17 de Léon Stekke.
À l’issue de ces demi-finales, 3 candidats, Raphaël Horrach (FR), Pierre Evano (FR) et Eugenio Valle (IT) se sont affrontés dans une finale comportant 2 pièces imposées : une création du compositeur belge Michel Lysight et le Concerto en Ré Majeur de Georg Philipp Telemann
Aujourd’hui, Clément Saunier nous livre ses impressions et quelques conseils après cette belle édition.

Qu’avez-vous pensé de cette édition 2024 du concours ?
J’ai une affection toute particulière pour ce concours Théo Charlier puisque j’ai participé à la toute première édition en 2005 en tant que candidat ! C’était un plaisir et un honneur de passer « du côté du jury » presque 20 ans plus tard ! Le concours ne se déroule plus à Bruxelles mais à Namur et l’organisation profite de très belles infrastructures au « Grand Manège » ainsi que du soutien de la ville, ce qui mérite d’être souligné. L’équipe de bénévoles réunie autour de Dominique Bodart (directeur artistique) est très au point et l’accueil des candidats particulièrement fluide ! Bravo à eux.
Le programme de cette édition était assez singulier, rassemblant plusieurs œuvres rarement données dans des concours internationaux comme le concerto de Stekke ou celui de Goedicke au 2ème tour. Le concerto de trompette piccolo n’était pas au 1er ou 2ème tour mais en finale. La finale du concours était particulièrement difficile cette année avec le concerto en Ré de Telemann et une création pour trompette et orchestre à cordes du belge Michel Lysight qui dirigeait lui même l’orchestre royal de chambre de Wallonie.
Le premier tour est toujours très important dans ces concours et les candidats l’avaient bien compris car les 12 premiers au classement étaient plutôt bien préparés. Seuls 8 candidats sont donc allés au second tour (3 Espagnol, 1 Belge, 1 Anglais, 1 Italien et 2 Français). 3 candidats sont allés en finale pour jouer les 2 pièces avec orchestre : Raphaël Horrach (1er prix), Eugenio Valle (2ème prix), Pierre Evano (3ème prix).
Le jury a également donné un concert de gala lors de la semaine accompagné par l’orchestre royal de Wallonie.
Quelles remarques pourriez-vous faire sur le niveau et la préparation des candidats ?
Le programme imposé détermine fortement ce type d’analyse… Le premier tour de cette édition 2024 faisait à mes yeux la part belle aux personnes douées d’une belle sonorité, d’un sens certain de la musicalité et de trompettistes aptes à jouer « propre » les différents styles enchaînés au moment M…
Rien de nouveau me direz-vous afin de passer d’un groupe de 40 candidats à 8 demi-finalistes, mais la résistance et la tessiture, contrairement au dernier concours Maurice André 2022, n’était pas aussi indispensables sur ce 1er tour ! Il était donc plus ouvert à des profils un peu moins « physiques » qu’habituellement mais donnait finalement plus de poids aux passages faisant appel à toute la tessiture et à la faculté de projection de la sonorité. Par exemple, les personnes montrant des difficultés à jouer avec aisance toutes les notes de Paths de Takemitsu (œuvre imposée au premier tour) puis ne réussissant pas à jouer proprement et avec de belles intentions artistiques la Fantaisie de Telemann (autre œuvre imposée au 1er tour) ne donnaient pas assez de signaux positifs au jury pour la suite. Il faut prendre conscience également que la finale étant extrêmement exigeante, les jurés avaient forcément en tête les aptitudes requises pour pouvoir jouer l’entièreté du programme.
Pour paraphraser Pierre Thibault, je constate que le niveau moyen a terriblement monté ces 10 dernières années ! Techniquement, physiquement…
Je note aussi qu’il y avait beaucoup de personnes déjà primées dans ce type de concours, des gens déjà en place en Allemagne ou Hollande, des jeunes candidats sélectionnés dans les plus prestigieux orchestres de jeunes d’Europe… C’était parfois vraiment épatant de talents naturels ! Cependant, les problèmes à résoudre restent toujours les mêmes à travers les époques, les plus jeunes candidats doivent apprendre à canaliser leur énergie, à jouer dans le style des pièces imposées, à contrôler leurs nerfs et comprendre le profil des pianistes, du jury, de la salle… Cela reste un beau défi personnel, alliant exigence, intuition, endurance et courage.
Quels conseils donneriez-vous aux candidats malheureux ?
D’écouter les autres ! Pour moi c’est juste indispensable ! Je ne vois pas l’intérêt de traverser la planète ou l’Europe et de ne pas profiter de cette exposition formidable ! S’assoir dans la salle et observer qui joue quoi et comment, affiner son jugement et comprendre pourquoi cette candidate ou ce candidat passent systématiquement un tour ou pourquoi ces derniers gagnent toujours les concours d’orchestre de jeunes peut se deviner après 2 jours de premier tour. On peut observer les différents usages des instruments à pistons, palettes, cornet, les différents vibrato ou phrasés… Donc rester le plus curieux possible avec un bon état d’esprit envers les autres concurrents et essayer d’avoir les retours des jurés, même si ce n’est pas toujours simple à chaud… Noter les choses, les interpréter, les assimiler.
Je dirais également qu’il faut comprendre les enjeux, se mettre à la place du jury et deviner ce qu’ils attendent des candidats à chaque épreuve ou plus largement ce que la profession attend d’un « soliste ».
Selon leurs envies, les candidats font souvent dans une période données 3 ou 4 concours de ce type afin de se forger un répertoire, repousser leurs limites et commencer à se constituer un réseau amical et professionnel international… Je pense qu’il est intéressant de persévérer et de profiter de la chance que ceux qui ont la détermination nécessaire pour organiser de telles manifestations offrent !
Enfin, je dirais qu’il ne faut pas hésiter à se faire « coacher » pour gravir au mieux les différentes marches que comportent ces concours internationaux.



