Dans un entretien à TROMPETTISTE(S) MAGAZINE, Célestin Gérin se confiait cet été sur son parcours, sa vie de soliste et son travail pour être aujourd’hui où il est arrivé.
Né en 1992 dans l’Essonne, Célestin Guérin débute l’apprentissage de la trompette à l’âge de cinq ans avec le trompettiste Nassim Maalouf. A l’âge de quinze ans, il poursuit ses études à Paris, dans la classe de Gérard Boulanger, trompettiste à l’Orchestre Philharmonique de Radio France, puis obtient en 2011 son Diplôme d’Etudes Musicales mention très bien à l’unanimité avec les félicitations du jury. La même année, il entre au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, dans la classe de Clément Garrec et Pierre Gillet, tous deux trompettistes à l’Opéra National de Paris. Auprès de ses deux professeurs, il se spécialise dans le répertoire d’orchestre, lui donnant ainsi l’occasion de se produire avec des orchestres tels que l’Orchestre de l’Opéra de Paris, l’Orchestre de Paris, l’Orchestre Philharmonique de Radio France, et l’Orchestre de Chambre de Paris.
Au cours de sa scolarité, il se rend également en échange ERASMUS dans la classe du soliste international Reinhold Friedrich en Allemagne, pour se perfectionner dans le répertoire concertant. Depuis, il est invité régulièrement à se produire en récital, notamment au prestigieux festival d’Auvers sur Oise, pour la création d’Oblation, dont il est le dédicataire, accompagné par Jean-Charles Gandrille, organiste et compositeur de la pièce.
En 2016, il obtient son diplôme de Master mention très bien à l’unanimité, puis devient membre du Verbier Festival Orchestra, sous la direction artistique de Valery Gergiev.
En automne 2017, il est lauréat de la première édition du concours international Eric Aubier à Rouen. Quelques semaines plus tard, il est nommé trompette solo de l’Orchestre National de Metz, dirigé par David Reiland.
L’année d’après, il remporte un second prix ainsi que le prix BR-Klassik Online au prestigieux concours de l’ARD de Munich. Depuis mars 2019, il est maintenant trompette solo de l’Orchestre de Paris
J’ai aussi passé plusieurs concours internationaux, le dernier étant l’ARD de Munich, où j’ai obtenu un second prix. Depuis 2019, j’ai rejoint la section de trompettes de l’Orchestre de Paris, aux côtés de Frédéric Mellardi, Stéphane Gourvat, Laurent Bourdon, et bien sûr Bruno Tomba, dont j’ai l’honneur d’avoir repris le poste.
Célestin joue une Trompette en Ut BACH CL 229 Branche Larson
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INTERVIEW Célestin Guérin

L’UT : Qui es-tu Célestin ?
Célestin Guérin : J’ai eu la chance de grandir dans une famille de musiciens. Très tôt, ma mère nous arrangeait des thèmes de musiques de films ou de chansons sur mesure pour que nous puissions jouer ensemble avec mon frère au trombone et elle au piano. Ce trio familial m’a fait baigner dans une ambiance musicale depuis l’enfance et m’a accompagné jusqu’à mon entrée dans la vie professionnelle. Durant mes études, j’ai vécu mes premières expériences d’orchestre en tant que supplémentaire, ce qui m’a donné envie de passer mes premiers concours. C’est quelques années plus tard que j’ai été nommé trompette solo de l’Orchestre National de Metz. C’est un orchestre très dynamique où j’ai pu prendre mes marques à la chaise, et jouer pour la première fois les grandes oeuvres du répertoire. Dès la première semaine de ma prise de fonctions, j’avais sur le pupitre la cinquième symphonie de Mahler. C’était le baptême du feu !
L’UT : Comment est née ta vocation ?
Célestin Guérin : Je ne m’en souviens pas, mais quand j’avais quatre ans, ma mère a accompagné Nassim Maalouf – père d’Ibrahim – lors d’un concert. Elle m’a raconté qu’après cela, je ne parlais plus que de trompette. Quelques mois plus tard, Nassim a accepté de me prendre comme élève. Mes premiers souvenirs avec l’instrument sont mes premiers cours au cornet à pistons dans son salon. Quand j’étais petit, j’étais une vraie pile électrique, mais Nassim a su me canaliser tout en cultivant ma passion et ma curiosité pour l’instrument. Je me souviens que si j’étais sage pendant le cours, ou si je faisais vraiment bien un exercice, je gagnais le droit de souffler dans une trompette en mi bémol ou une piccolo à la fin. Il savait comment me motiver ! À partir de ce moment-là, je n’ai plus quitté ma trompette.
L’UT : À partir de quand as-tu pensé en faire ton métier ?
Célestin Guérin : J’ai toujours plus ou moins voulu en faire mon métier. Cette idée s’est vraiment concrétisée dans mon esprit pendant mes années de lycée, quand Gérard Boulanger nous a raconté que toute une génération de trompettistes d’orchestre partirait à la retraite dans quelques années, ce qui nous garantirait de nombreux concours, c’était très motivant ! Mais ce qui m’a vraiment fait réaliser à quel point je voulais en faire mon métier, c’est ce que j’ai ressenti en jouant les premières notes de la Suite du Rosenkavalier de Strauss à l’Orchestre Français des Jeunes quelques années plus tard. Je ne l’ai toujours pas rejouée depuis, et j’attends ce moment avec impatience !

L’UT : Comment se sont faits les choix de ton parcours d’étudiant ?
Célestin Guérin : Étant musicienne, ma mère m’a beaucoup guidé, surtout pour les premières étapes. Après quelques années avec Nassim Maalouf, elle m’a inscrit dans le conservatoire où elle enseigne près d’Orléans. Plus tard, ayant accompagné Ibrahim Maalouf pour une série de concerts avec son père au Liban, elle lui a demandé de me prendre comme élève. Par la suite, je me suis laissé guider par mes professeurs. Ibrahim étant un ancien élève de Mr Boulanger, il m’a naturellement dirigé vers lui au CRR de Paris. Et c’est ce dernier qui a décidé du moment idéal pour présenter le CNSM de Paris. Ce qui a aussi beaucoup compté dans mon parcours, c’est d’avoir fait de nombreux orchestres de jeunes. Je parlais précédemment de l’OFJ, dont j’ai été membre deux ans d’affilée. Les deux étés suivants, j’ai rejoint le Schleswig Holstein Musik Festival Orchestra Academy, et les trois années d’après, j’ai fait partie du Verbier Festival
Orchestra. Cela m’a permis de balayer un large répertoire et d’en apprendre plus sur le métier d’orchestre. L’ouverture à l’international de ces orchestres m’a donné l’envie de partir un semestre en Erasmus. Déjà fasciné par la sonorité de la trompette à palettes, j’ai voulu aller en Allemagne, et cela s’est imposé d’aller à Karlsruhe pour travailler avec l’immense Reinhold Friedrich. Après l’Erasmus, je suis rentré à Paris pour le Master, durant lequel Clément Garrec m’a beaucoup soutenu dans la préparation aux concours d’orchestre.
L’ UT : Si tu avais un mentor, qui serait-ce ?
Célestin Guérin : Je ne peux pas parler de mentor car je garde des souvenirs très forts de chacun de mes professeurs. Ibrahim Maalouf accordait beaucoup d’importance à la facilité du jeu. Il me faisait beaucoup jouer par coeur en répétant après lui, pour le travail technique ou quelques fois des pièces du répertoire, pour que je ne visualise pas la difficulté. Par exemple, au bout de quelques semaines de travail sur Cascades de Allen Vizzuti sans voir la partition, ça a été un choc quand il me l’a montrée. C’est là que j’ai réalisé l’efficacité de sa méthode !
Je dois aussi énormément à Gérard Boulanger pour sa rigueur et son exigence. Je l’ai eu comme professeur à un moment clé de mon parcours. Grâce à lui, j’ai doublé voire triplé mon temps de travail, et il a su faire en sorte que je ne me contente jamais de ce que je savais déjà faire. Dit comme ça, ça fait très austère, mais ce n’était pas le cas. Tout était toujours fait avec une immense bienveillance. Je garde d’excellents souvenirs avec la classe en 208.
C’est Clément Garrec et Pierre Gillet, qui m’ont réellement sensibilisé au travail des traits d’orchestre, et de tous les enjeux liés à la préparation des concours, comme le respect du texte, l’importance des filages et de la mise en condition. L’ambiance de classe qu’ils créaient favorisait l’émulation, qui a été déterminante pour moi, ainsi que pour les copains. Cet état d’esprit auquel ils m’ont permis d’accéder vis à vis du métier est désormais un atout essentiel pour ma vie professionnelle.
Et enfin il me parait indispensable de citer Frédéric Mellardi, qui a aussi joué un grand rôle dans mon épanouissement musical. Il m’a aidé à faire les précieux derniers réglages sur chaque programme de concours, en améliorant pas seulement ce qui ne marchait pas, mais aussi ce qui marchait déjà très bien ! Il a cette capacité à faire aller là où on ne pense pas être capable d’aller, ce qui a énormément nourri ma confiance, et m’a permis de me dépasser au-delà de mes attentes.

L’UT : Si tu avais un modèle, qui serait-ce ?
Célestin Guérin : C’est difficile de choisir un seul modèle. Est-ce qu’on parle de sonorité? De musicalité ? De la gestion de carrière ? Durant mes études, j’ai été beaucoup inspiré par certains CD que j’écoutais en boucle.
D’abord bien sûr ceux de Maurice André, que j’ai d’ailleurs eu la chance d’entendre lors de l’un de ses derniers concerts quand j’étais tout petit. Il y a aussi l’incontournable disque des concertos français avec Éric Aubier et l’Orchestre de l’Opéra National de Paris, qui pour moi reste un enregistrement inégalé. Un autre CD qui m’a beaucoup marqué est celui des victoires de la musique dans lequel David Guerrier interprète le concerto de Brandt numéro 2. J’ai tellement été impressionné par son jeu que c’est à partir de là que j’ai commencé à travailler ma technique comme un fou. Si je devais en citer un dernier, ce serait celui de l’ensemble Trombamania, quintette de trompette que j’admire beaucoup.
Pour ce qui est du métier d’orchestre, il y a entre autres deux personnes qui selon moi m’ont vraiment aidé à évoluer.
Pendant mes études au CRR de Paris avec Gérard Boulanger, Alexandre Baty a remporté le concours de trompette solo à l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Mr. Boulanger – dont nous connaissions l’exigence et les attentes – nous en parlait de façon si élogieuse que nous nous sommes tous dépêchés d’aller l’écouter. C’est à ce concert que j’ai compris tout le chemin qu’il me restait à parcourir.
À partir de ce moment, j’ai écouté le plus de concerts possibles. En live mais aussi sur internet, et c’est comme ça que j’ai découvert Gabor Tarkövi. Sur YouTube, il y a un court extrait du final de la septième symphonie de Mahler, sous la direction de Sir Simon Rattle. Je pense que c’est cette vidéo qui m’a tant donné l’envie d’être trompette solo dans un grand orchestre.
L’UT : Quels sont tes prochains objectifs ?
Célestin Guérin : Pour moi, les objectifs les plus importants sont ceux de l’orchestre, à commencer par les cinq représentations de la deuxième symphonie de Mahler, sous la baguette d’Esa-Pekka Salonen au festival d’Aix en Provence début juillet. De la même façon, je me réjouis de la belle programmation de l’orchestre pour la saison prochaine, avec notamment une tournée Japon-Corée au mois d’Octobre et une autre en Europe au mois de mars avec notre fabuleux directeur musical Klaus Mäkelä. Cependant j’ai aussi des objectifs qui comptent pour moi en dehors de l’orchestre, notamment l’enregistrement d’un disque avec mon sextuor No Slide – composé d’amis très proches rencontrés au CNSM. Enfin, maintenant que je suis bien installé à l’orchestre, je commence à m’intéresser de plus en plus à l’enseignement. J’apprécie beaucoup l’expérience que j’en fais ces derniers temps en master class ou dans les stages d’été comme Cuivres en Ardennes ou Cuivres en Pays basque et c’est un domaine dans lequel j’aimerais plus m’investir dans les années à venir.
L’UT : Si tu n’avais pas fait de trompette, qu’aurais-tu fait ?
Célestin Guérin : Ayant commencé des études scientifiques en parallèle, c’est une voie dans laquelle j’aurais pu m’engager, mais honnêtement je ne sais pas trop où ça aurait pu me mener. J’aurais aussi pu perpétuer la tradition familiale et reprendre l’exploitation de mon père qui est céréalier dans la Beauce, mais je ne m’y voyais pas non plus. Plus concrètement, je pense que j’aurais simplement suivi mon autre grande passion : la cuisine. J’aurais probablement ouvert une pâtisserie, ou tenté d’aller travailler pour les plus grands, comme Cédric Grolet, pour n’en citer qu’un.
Interview Juillet 2021 – Publié dans le Numéro 1 de TROMPETTISTE(S) MAGAZINE
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